25 années consacrées à la pyramide de Kheops
Le 21 novembre prochain à 20 heures, dans la salle La Rochefoucauld de l’Hôtel d’Iéna, aura lieu une conférence consacrée aux travaux de Jean-Pierre Houdin, architecte DPLG, et de son père, Henri Houdin (Pa. 1941), ingénieur Arts et Métiers, sur la construction de la pyramide de Kheops, en Égypte. Une quête de vingt-cinq ans qui ne peut que passionner le public avec cette théorie devenue incontournable : la plus grande pyramide du plateau de Gizeh fut construite de l’intérieur.
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Par Eric Roubert
Publié le 2025-10-09
Jean-Pierre Houdin, architecte DPLG né en 1951, a consacré plus de vingt-cinq ans à une quête unique : comprendre comment fut bâtie la grande pyramide de Kheops. Marqué dès son enfance par les chantiers en Afrique, ce fils d’ingénieur exerce pendant vingt ans comme architecte avant de changer de vie. En 1999, son père, Henri Houdin (Pa. 1941), formule une intuition décisive : plutôt qu’une rampe externe démesurée, la pyramide aurait été construite grâce à une rampe intérieure. Jean-Pierre modélise cette idée en 3D et se lance dans une aventure scientifique qui ne le quittera plus.
CRÉATION DE L’ASSOCIATION CONSTRUIRE LA GRANDE PYRAMIDE (ACGP)
La théorie s’affine rapidement : une rampe interne à quart tournant permet de monter les blocs tout en conservant des façades lisses. Pour hisser les poutres de granit de plus de 60 tonnes destinées à la Chambre du roi, il imagine un système de contrepoids circulant dans la Grande Galerie. Il avance aussi l’hypothèse d’un dispositif d’interphonie utilisant l’acoustique de la Chambre de la reine. Dès 2002, conférences et articles suscitent l’intérêt d’ingénieurs et d’égyptologues, et mènent à la création de l’Association Construire la Grande Pyramide (ACGP).
DASSAULT SYSTÈMES ENTRE DANS LE JEU
En 2003, la rencontre avec l’égyptologue américain Bob Brier apporte un soutien international. En 2007, un tournant survient : Dassault Systèmes, via son programme « Passion for Innovation », conçoit une animation 3D spectaculaire, « Kheops Révélé », projetée à la Géode devant la presse mondiale. Pour la première fois, le chantier de la pyramide est restitué en images immersives, et la théorie de la rampe intérieure devient une référence, relayée par TF1, France Télévisions, le New York Times et des centaines de médias. Les années suivantes confirment et enrichissent l’hypothèse. En 2008, une pièce oubliée est redécouverte derrière une encoche visible sur l’arête nord-est, correspondant aux prévisions de Houdin. Des simulations thermographiques montrent que la présence de vides internes influence la signature thermique de l’édifice. Parmi ses réflexions, Jean-Pierre Houdin imagine qu’une seconde Grande Galerie, parallèle à la première, aurait pu servir elle aussi de voie de contrepoids, optimisant ce processus. Des documentaires produits par National Geographic, la BBC et France Télévisions diffusent largement ces avancées.
MISSION INTERNATIONALE « SCANPYRAMIDS »
En 2015, l’université du Caire et le HIP Institute lancent la mission internationale « ScanPyramids ». En combinant infrarouge, radar et surtout muographie, celle-ci détecte plusieurs anomalies internes. Houdin, tenu officiellement à l’écart, voit néanmoins ses intuitions confirmées. En 2016, une cavité est localisée derrière les chevrons de l’entrée nord. En 2017, c’est la découverte du Big Void, un immense vide de plus de 40 mètres situé au-dessus de la Grande Galerie, publiée dans Nature et relayée dans le monde entier. Pour Houdin, il s’agit de la preuve de l’existence d’une seconde galerie de contrepoids. Malgré les rivalités égyptologiques, les obstacles administratifs et la pandémie de Covid-19, Jean-Pierre Houdin poursuit son travail. Il publie sur la plateforme Academia une série de mémoires en accès libre consacrés au Big Void, au couloir nord et à la cavité C1. Il y démontre que ces trois découvertes sont en parfaite cohérence avec les processus mis en œuvre qu’il avance pour hisser tant les blocs monumentaux de la Chambre du roi que tous les autres blocs de la pyramide jusqu’au sommet, sans recourir à des rampes extérieures invraisemblables.
Aujourd’hui, plus de vingt-cinq années de recherches, soutenues par des collaborations avec Dassault Systèmes, l’université Laval (Québec) et celle de Nagoya (Japon), le CEA et de nombreux égyptologues, ont transformé une intuition familiale en une contribution majeure à la compréhension du plus grand chantier de l’Antiquité. Jean-Pierre Houdin incarne la rencontre entre tradition architecturale, technologies modernes et rigueur scientifique. Convaincu que « les pierres parleront d’elles-mêmes », il continue à défendre une idée devenue incontournable : Kheops fut construite de l’intérieur.
Inscriptions :
https://www.arts-et-metiers.asso.fr/events/189765