Redonner le goût des sciences
La France a un cruel besoin de jeunes femmes et de jeunes hommes s’illustrant dans les sciences et les technologies de pointe. Formés aux disciplines exigeantes que sont les mathématiques, la physique et les sciences de l’ingénieur, ce sont eux qui contribueront, le moment venu, à relever les défis techniques et industriels auxquels notre pays est confronté en matière énergétique, environnementale, de souveraineté… Pourtant, aujourd’hui, le constat est amer : le vivier des candidats vers ces disciplines se tarit progressivement, au-delà des effets de la baisse démographique.
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Par Stéphane Gorce (Ch.180) Président de la Société des Ingénieurs Arts et Métiers
Publié le 2025-07-16
Ces dernières ont une image austère, et les meilleurs ne se tournent plus forcément vers elles. Pire encore, le nouveau bac, avec son système de spécialités, a fait du mal aux matières scientifiques, en particulier auprès des jeunes femmes.
Dans ce contexte, au-delà des effets d’annonce, malheureusement sans suite concrète le plus souvent, c’est un grand plan pour la science qu’il faut concevoir et mettre en œuvre. Ce plan doit mobiliser l’ensemble de la société et en particulier les parents et le corps enseignant.
Les premiers doivent comprendre qu’encourager leurs enfants à s’engager dans les spécialités scientifiques et technologiques les oriente vers des chemins ouverts. Celles-ci donnent accès à une perception précise du monde et offrent également des méthodes de pensée et d’action qui s’appliquent à tous les domaines de la vie professionnelle. Ils doivent savoir que la connaissance scientifique et technologique leur ouvre un large éventail de carrières, bien au-delà des métiers strictement scientifiques et techniques. Ils ne doivent pas oublier non plus que les sciences sont nécessaires à la formation de citoyens éclairés et lucides, essentielles même, dans un monde prêt parfois à nier le réel.
Un monde complexe comme le nôtre a besoin de citoyens formés aux sciences dures autant qu’aux sciences humaines.
Le corps enseignant ensuite doit être davantage formé et surtout accompagné, en particulier en primaire, pour dispenser ces disciplines. Souvent davantage littéraires que scientifiques, les professeurs des écoles rechignent à enseigner ces matières qu’ils craignent toujours de mal maîtriser et qui ne correspondent pas à leur pente naturelle. Ils doivent comprendre que leur rôle est déterminant pour donner à leurs élèves à la fois les bases et le goût de l’observation et du raisonnement logique, en même temps qu’ils leur apprennent les bases du calcul…
Dans les classes de collège et de lycée, la connaissance des formations et des débouchés est souvent insuffisante. Cela laisse le champ libre aux préjugés qui ont, comme chacun le sait, la vie dure. Les enseignants doivent être davantage formés à l’orientation et aux débouchés qu’offrent les matières scientifiques et technologiques. Dans les lycées en particulier, il est indispensable qu’ils connaissent les options disponibles localement afin d’être à même de les présenter et de les valoriser auprès des élèves et de leurs parents.
On l’aura compris, l’enjeu n’est pas de promouvoir de fausses bonnes solutions (un principe de quotas de filles en classes préparatoires a circulé) qui ne répondent en rien au fond et risquent plutôt de créer des disparités. L’enjeu est de trouver les solutions sérieuses et pérennes pouvant traiter le mal dès le début de la scolarité. Des solutions à l’intention des parents et des enseignants, articulées autour de l’acculturation aux sciences, de l’accompagnement des professeurs et de la communication à destination de tous.
Trop peu présents dans le débat public, les ingénieurs et les acteurs des milieux scientifiques et technologiques ont des idées. Ils doivent être désormais écoutés et entendus. Ils souhaitent apporter leur contribution.