Technologie / Energie
Éolien en mer : entre risques technologiques et opportunités de marché


Éolien en mer : entre risques technologiques et opportunités de marché
 
Dans son nouveau rapport, A turning point for offshore wind, l'assureur Allianz Commercial met en évidence les opportunités de croissance, les innovations technologiques, les tendances de risques et les modèles de sinistralité du secteur à l’échelle mondiale de l’éolien en mer.
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Par Eric Roubert
Publié le 2023-09-21
 « Les projets de parcs éoliens en mer sont extrêmement complexes, explique Anthony Vassallo, directeur mondial des ressources naturelles chez Allianz Commercial dans le nouveau rapport, « A turning point for offshore wind » du groupe d’assurance. Il est essentiel de tirer les enseignements des sinistres passés, qui touchent essentiellement les câbles et les turbines, pour permettre une croissance durable du secteur. Les risques émergents doivent également être analysés, car les opérateurs se préparent à un déploiement à grande échelle de l’éolien en mer dans le monde. La taille des éoliennes ne cesse d’augmenter. Les parcs sont implantés de plus en plus loin des côtes, dans des environnements marins difficiles, où ils sont davantage exposés à des conditions climatiques extrêmes. Les technologies sont également en constante évolution. La gestion des questions de biodiversité au sein des populations côtières va également devenir plus importante, puisque la demande d’espace maritime devrait quintupler d’ici 2050. »
La Chine dépasse l’Europe en taille de marché
Plus de 99 % de la capacité éolienne offshore installée dans le monde se trouve aujourd’hui en Europe et en Asie-Pacifique. Toutefois, les États-Unis investissent massivement dans la filière. En outre, la Chine a dépassé l’Europe : aujourd’hui premier marché du monde, elle représenterait la moitié du parc en mer mondial. En 2022, 8,8 GW de capacité éolienne offshore ont été ajoutés, portant la capacité installée mondiale à 64,3 GW. Dans les dix prochaines années, environ 380 GW devraient s’adjoindre sur un ensemble de 32 marchés, selon le Global Wind Energy Council. Si les ambitions de croissance sont considérables, les vents ne sont pas toujours favorables aux opérateurs, selon le rapport. La montée en flèche des coûts a récemment mis un coup d’arrêt à de grands projets éoliens. Le secteur est impacté par l’inflation, les dépenses d’investissement, la hausse des taux d’intérêt et l’instabilité géopolitique. Le coût des équipements et de la location des navires a également augmenté, tandis que l’accès aux matériaux et aux entreprises de construction reste difficile. La saturation des chaînes d’approvisionnement, la durée des procédures d’autorisation et les retards dans le raccordement au réseau sont autant de facteurs qui engendrent des pressions. « La taille et l’ampleur du déploiement mondial de l’éolien en mer sont considérables. L’opération exige le développement des sites de fabrication, des installations portuaires et des infrastructures. Et elle doit être accélérée grâce à un effort commun de toutes les parties prenantes : établissements financiers, entreprises et gouvernements », souligne Adam Reed, directeur mondial des énergies renouvelables en mer et de l’énergie en amont chez Allianz Commercial.
Les dommages aux câbles sont les sinistres les plus fréquents
Les énergéticiens et les assureurs possèdent une très grande expertise pour gérer les risques liés aux activités éoliennes en mer. Sur son principal marché d’assurance de la filière, l’Allemagne et l’Europe centrale et orientale, Allianz Commercial a constaté que 53 % des sinistres survenus entre 2014 et 2020 concernaient des dommages aux câbles. C’est la première cause de sinistres, suivie des défaillances de turbines (20 %). Qu’il s’agisse de la perte de câbles entiers pendant le transport ou de la détérioration des câbles pendant la pose, ces dommages ont coûté plusieurs millions de dollars. En effet, la défaillance d’un câble peut entraîner la mise hors service de tout un parc. « Les risques liés aux câbles sont critiques. La qualité du service de pose et de maintenance est donc essentielle. Les entreprises doivent garantir qu’elles disposent de l’expertise nécessaire pour intervenir en cas d’incident et qu’elles peuvent se procurer rapidement les pièces de rechange, afin de limiter les pertes dues aux arrêts, indique Adam Reed. En matière de souscription, concernant les travaux sur câbles sous-marins, les assureurs analysent le type de câbles installés, le type de navires utilisés, la communication entre le client et l’entreprise, ainsi que la fréquence à laquelle des ingénieurs risques qualifiés viendront contrôler les opérations sur site. »
Les innovations technologiques changent la donne
La filière doit gérer avec soin le déploiement à grande échelle des technologies émergentes. Parmi celles-ci, citons les « îles énergétiques », qui partagent l’électricité entre réseaux et pays, les parcs éoliens polyvalents, qui produisent de l’hydrogène vert ou abritent des installations de stockage de batteries. Des projets pilotes, comme Offshore Logistics Drones, de l’entreprise énergétique allemande EnBW, explorent le déploiement de drones pour la maintenance et la réparation des turbines, afin de réduire les interventions par hélicoptère ou par voie terrestre. Si la majorité des éoliennes en mer sont à fond fixe, de nouvelles technologies d’éoliennes flottantes dans des eaux plus profondes ne devraient pas tarder à être commercialisées. La taille des éoliennes, en constante augmentation, pose un autre défi majeur. Dans les vingt dernières années, elle a presque quadruplé en hauteur, passant d’environ 70 à 260 mètres, soit près de trois fois la hauteur de la statue de la Liberté à New York. Le diamètre des rotors a quintuplé en 30 ans. Les éoliennes ont fréquemment une capacité de 8 ou 9 MW, mais les modèles les plus récents peuvent atteindre 10, voire 18 MW. Dans un projet récemment annoncé en Australie, les éoliennes auraient une capacité de 20 MW. « Les innovations technologiques et l’augmentation de la taille des éoliennes s’accompagnent d’une augmentation correspondante des risques. Nous suivons de près les nombreuses nouveautés dans l’éolien en mer, notamment les technologies de prototypes, les projets pilotes et l’évolution des normes. Ces technologies nouvelles et non éprouvées sont souvent associées à un manque de maturité technique et de données disponibles. Grâce à un partenariat avec le client dès le début du projet et à l’échange de connaissances et d’enseignements, toutes les parties prenantes pourront avoir une meilleure compréhension des risques encourus », précise Wei Zhang, consultant en risques senior, Ressources naturelles, chez Allianz Commercial.
Le défaut de navires spécialisés et les collisions en mer soulèvent d’autres difficultés
Le rapport signale également un problème urgent, lié à la disponibilité des navires spécialisés. La flotte mondiale nécessaire doit être plus importante et ne pas se limiter à l’Europe, où se situent actuellement les principales activités. Elle doit comprendre des navires de pose, mais aussi pour de levage et de soutien. Par ailleurs, les collisions de navires avec des éoliennes et des infrastructures offshore peuvent entraîner des sinistres importants. Ces incidents sont en hausse depuis quelques années. Même si, jusqu’à présent, ils n’ont généralement concerné que des navires de petite taille, souvent à la suite d’une erreur humaine, plusieurs ont déjà été causés par de plus grands navires. C’est un sujet de préoccupation croissante, étant donné que 2 500 éoliennes devraient être implantées dans la seule mer du Nord d’ici 2030.
Les environnements marins sont plus difficiles
Si le secteur dispose d’une grande expertise pour intervenir dans des environnements marins dangereux en Europe, son développement à travers le monde impliquera des opérations plus loin des côtes, sur des territoires exposés à différentes conditions météorologiques et aux catastrophes naturelles. « Sur la côte est des États-Unis ou à Taiwan, par exemple, la vitesse du vent et la houle sont beaucoup plus importantes. Et le changement climatique pourrait augmenter les risques, les températures de surface des océans intensifiant la force des ouragans », signale Adam Reed.