La Tuysse / Initiatives

Reprise du Cercle Pierre de Jumièges


Dernier n°


Figures Gadzarts



Reprise du Cercle Pierre de Jumièges

Le 12 janvier dernier, à l’Hôtel d’Iéna, à Paris, le Cercle Pierre de Jumièges a renoué avec sa tradition de conférences. Une reprise attendue, placée sous le signe de l’héritage et du renouveau. Un Cercle à la fois nouveau par son équipe et résolument fidèle à la philosophie de son fondateur, Pierre Bézier (Pa. 1927) : faire dialoguer le réel avec les mathématiques. Pour sa soirée inaugurale, près de 70 participants se sont réunis autour d’une conférence consacrée à l’histoire de la mécanique des matériaux. Un succès qui témoigne de l’intérêt toujours vif pour les sciences et leur histoire.

____________________
Par Nicolas Auffray (Ai. 201)
De gauche à droite sur la photo : Rachel Azulay (Ai. 217) et Nicolas Auffray (Ai. 201), qui ont fait renaître le Cercle Pierre de Jumièges, avec le président de la Soce, Stéphane Gorce (Ch. 180), et les deux présidents précédents, Christian Boyer (Bo. 179) (2011-2018) et Alain Delahodde (2018-2023).

Non, le Cercle Pierre de Jumièges n’est pas une société secrète – même si ses origines ne sont pas toujours connues avec précision. Il s’agit d’un groupe fondé au début des années 1980 par notre illustre camarade Pierre Bézier (Pa. 1927), ingénieur et mathématicien de renom.
Un bref rappel s’impose pour les plus jeunes générations. Ingénieur mécanique ayant effectué toute sa carrière chez Renault, Pierre Bézier (Pa. 1927) fut confronté à un problème très concret : comment décrire mathématiquement les surfaces complexes des carrosseries automobiles ? Pour y répondre, il développa une approche géométrique innovante, aujourd’hui connue sous le nom de « courbes et surfaces de Bézier ».
Cette avancée constitue une véritable révolution scientifique et industrielle. Bien au-delà de l’automobile, ses travaux irriguent désormais de nombreux domaines : les polices de caractères numériques sont définies à partir de courbes de Bézier, les rendus graphiques en informatique et dans les jeux vidéo utilisent des surfaces de Bézier, tout comme le design assisté par ordinateur, le Web ou encore le cinéma d’animation. Les mathématiques pures trouvent ainsi des applications concrètes dans notre quotidien numérique.
Fidèle à cet esprit, le Cercle avait pour vocation initiale de réunir ingénieurs et universitaires autour de conférences dédiées aux mathématiques et à leurs applications.
Après son fondateur, plusieurs présidents ont assuré la continuité de cette aventure intellectuelle. Comme toute institution vivante, le Cercle a connu des périodes d’intense activité et d’autres plus discrètes. Après quelques années de sommeil, il renaît aujourd’hui sous l’impulsion d’une nouvelle équipe emmenée par Rachel Azulay (Ai. 217) et l’auteur de ces lignes, Nicolas Auffray (Ai. 201).
La version 2026 du Cercle reste fidèle au projet originel : rassembler celles et ceux que passionnent les sciences, les mathématiques et leurs interactions avec le monde réel. Ce dernier aspect est une nouvelle dimension du projet, celui du lien entre science et société.
À l’heure des fausses informations numériques et d’une défiance croissante envers la parole scientifique, cette ambition prend une résonance particulière. Comment rappeler que la science n’est pas une opinion, mais une méthode ? Comment susciter chez les jeunes générations le goût des carrières scientifiques ? Autant de questions qui nourriront sans doute les prochaines rencontres.
UNE PREMIÈRE CONFÉRENCE POUR COMPRENDRE LA MÉCANIQUE DES MATÉRIAUX
Pour cette soirée inaugurale, qui s’est tenue le 12 janvier dernier à l’Hôtel d’Iéna (Paris 16e), le conférencier était Martin Poncelet, enseignant-chercheur en mécanique à l’ENS Paris-Saclay. Sa conférence, intitulée « Comprendre l’élasticité, la plasticité et la rupture des matériaux : l’essor de la mécanique expérimentale au XIXe siècle », a proposé un passionnant voyage historique.
L’objectif ? Montrer comment la mécanique des matériaux telle que nous l’enseignons aujourd’hui s’est structurée au XIXe siècle. Cette discipline est née de la rencontre de trois dynamiques : l’apparition de nouveaux matériaux, l’exigence croissante de fiabilité des dispositifs industriels et un haut niveau de compétence mathématique, notamment chez les ingénieurs français.
Durant cette période, la mécanique s’est construite dans un dialogue constant entre théorie mathématique et développement de moyens expérimentaux adaptés. La révolution industrielle a joué le rôle de catalyseur : plus que jamais, l’industrie avait besoin de la science pour se structurer, innover et sécuriser ses réalisations. La mécanique des matériaux s’est alors organisée autour de trois grandes problématiques.

• L’élasticité : mesurer pour comprendre
Le comportement élastique correspond à la capacité d’un objet à retrouver sa forme initiale après l’arrêt de la sollicitation mécanique. Sa modélisation mathématique fut l’un des grands chantiers du XIXe siècle. Comprendre l’élasticité, c’était donner des bases scientifiques solides à la conception des structures.

• La plasticité : mesurer pour fabriquer
Contrairement à l’élasticité, le comportement plastique correspond aux déformations permanentes de la matière. Sa compréhension est essentielle pour les procédés industriels de mise en forme : laminage, forgeage, emboutissage. Mesurer la plasticité, c’est permettre à l’industrie de produire avec précision et efficacité.

• La rupture : mesurer pour sécuriser
« Pourquoi ça casse ? » Voilà sans doute la question la plus fondamentale. Comprendre les mécanismes de rupture est crucial pour la sécurité des structures, des rails, des ponts ou des machines. Historiquement, cette interrogation fut même l’un des premiers moteurs scientifiques de la mécanique des matériaux : éviter l’accident, anticiper la défaillance, protéger les vies.

Nicolas Auffray (Ai. 201)
crédit photos : DR
 
Calendrier des prochains rendez-vous
Les prochaines rencontres du Cercle Pierre de Jumièges sont d’ores et déjà à inscrire dans vos agendas numériques.

Lundi 23 mars 2026, à 19 heures
« Comprendre les changements d’échelle en mécanique : quand l’origami inspire les matériaux architecturés »
Conférence d’Arthur Lebée (Laboratoire Navier – École nationale des ponts et chaussées).

Lundi 8 juin 2026, à 19 heures
« Nos laboratoires ont du talent »
Soirée spéciale consacrée aux récipiendaires du prix Pierre-Bézier, décerné par la Fondation Arts et Métiers. Une occasion privilégiée de découvrir des travaux scientifiques d’excellence et d’échanger avec les lauréats.

Le programme des conférences pour l’année universitaire 2026-2027 est actuellement en préparation et sera prochainement communiqué.
Pour suivre l’actualité du Cercle et recevoir les informations sur les prochains événements, n’hésitez pas à nous rejoindre sur SoceIT.