Faire de la performance supply un levier stratégique
Face à un contexte économique sous tension, la quête de performance est au cœur des priorités des directions Supply Chain. Après l’intégration progressive des enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), ces dernières redoublent d’efforts pour optimiser leurs opérations, réduire les coûts, tout en maintenant un niveau de service répondant à des standards de plus en plus exigeants. Mais au fond, de quelle performance parle-t-on ?
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Par Guillaume Asconchilo (Me. 210) et Suliac Lefeuvre (Me. 218)
Publié le 2026-01-22
La performance opérationnelle désigne la capacité à gérer efficacement l’ensemble des processus logistiques, de l'approvisionnement à la livraison finale. Elle repose sur des indicateurs clés (KPI) tels que le taux de service, le délai de livraison, le coût logistique ou encore le taux d’utilisation des ressources.
L’enjeu n’est pas seulement de mesurer, mais d’agir : à partir de ces indicateurs, des visites de terrain permettent d’identifier les gisements de performance et de standardiser les pratiques, dans une logique d’amélioration continue.
Plusieurs leviers peuvent être activés :
- l’optimisation des stocks (juste-à-temps, MRP(1) avancé) ;
- l’automatisation (WMS(2), robots, IoT(3)) ;
- l’IA pour la prévision ;
- la collaboration inter-acteurs pour fluidifier les flux et mieux anticiper les aléas.
Prenons l’exemple de FM Logistic. Cette entreprise a déployé une démarche d’excellence opérationnelle dans ses plateformes multiclients en Europe, s’appuyant sur des audits réguliers des processus ainsi que sur des plans de progrès partagés pour corriger les écarts identifiés afin d’atteindre les objectifs et l’automatisation partielle de certaines tâches (robot picking, convoyeurs autonomes). Résultat : un gain de productivité moyen de 15 % sur les opérations de préparation avec une réduction des erreurs de plus de 20 %.
Des audits opérationnels, fondés sur les meilleures pratiques sectorielles, permettent d’objectiver les écarts et de cibler les actions à fort impact. En intégrant ces leviers, une entreprise améliore ses résultats tout en renforçant sa compétitivité et sa réactivité. Il est également pertinent de relier les indicateurs opérationnels à la performance financière, en évaluant les gains par point de KPI gagné (ex. : couverture de stock vs taux de service). Cela peut aider à prioriser les chantiers les plus porteurs.
PERFORMANCE ÉCONOMIQUE : PILOTER LES RÉSULTATS AVEC PRÉCISION
La performance économique traduit la capacité à générer des résultats financiers durables tout en optimisant les ressources disponibles. Elle se mesure à l’aide d’indicateurs tels que la marge, le ROI [retour sur investissement] ou le ROE [retour sur capitaux propres].
Un enjeu majeur consiste à faire le lien entre performance opérationnelle et performance économique. Cela passe par une décomposition fine des coûts unitaires, permettant une lecture analytique des P&L [pertes et profits] et la construction de tableaux de bord pertinents. Un découpage par activité est recommandé (réception, préparation, expédition, etc.) pour identifier les principaux inducteurs de coûts.
Il n’existe pas de ratios préétablis dans la décomposition des coûts en supply. La typologie des produits est trop variable pour cela. L’exercice de leur décomposition permettra d’identifier les principaux leviers à actionner pour améliorer la performance.
Dans l’exemple présenté dans le tableau ci-dessous, sur les 2,20 € de coût de traitement d’un colis, les postes de picking et d’emballage cumulés sont estimés à 1,50 €. Des chantiers sont à mener en priorité sur ces postes pour maximiser les gains.
En travaillant à cette articulation fine, l’entreprise renforce sa capacité à arbitrer et à piloter sa performance économique de façon structurée.
Décomposition des coûts unitaires : un levier d’analyse de la performance
Pour identifier les principaux inducteurs de coûts, il est essentiel de décomposer les coûts unitaires par activité (réception, préparation, expédition, etc.).
Si une analyse ABC a déjà été réalisée par le contrôle de gestion, elle peut être exploitée directement. Dans le cas contraire, une extrapolation basée sur des observations de terrain et des analyses de données doit être conduite ponctuellement. Cette approche permet un diagnostic ciblé, à la fois opérationnel et financier, pour prioriser les actions de performance.
Exemple de décomposition des coûts moyens de traitement d'un colis en France dans un entrepôt manuel
| Poste de traitement d’un colis |
Coût estimé (€) |
Détail |
| Réception et mise en stock |
0,20 à 0,30 |
Scan, contrôle, rangement manuel |
| Picking |
0,60 à 0,90 |
Prise des articles à pied, préparation des lignes |
| Emballage |
0,30 à 0,60 |
Mise en carton, calage, fermeture |
| Étiquetage et documentation |
0,05 à 0,10 |
Impression, collage, bon de livraison |
| Contrôle final et manutention |
0,10 à 0,30 |
Vérification, acheminement interne |
PERFORMANCE DE LA QUALITÉ DE SERVICE : TENIR SA PROMESSE CLIENT
La performance supply ne se limite pas à la réduction des coûts : elle passe aussi par la capacité à tenir la promesse client. Dans un environnement ultraconcurrentiel, la qualité de service devient un facteur de différenciation déterminant.
En B2C, chaque dysfonctionnement est visible, viral, et impacte directement l’image de marque : retards, colis absents ou endommagés, manque de visibilité. En B2B, les attentes sont tout aussi élevées : fiabilité, précision, traçabilité, respect des engagements.
Améliorer la qualité de service impose une posture résolument orientée vers le client. Cela suppose :
- d’identifier les irritants à chaque point de contact ;
- d’écouter les signaux faibles ;
- de piloter la transformation en lien étroit avec les attentes des utilisateurs.
Le groupe Michelin, par exemple, en digitalisant la traçabilité des flux clients et en personnalisant ses alertes de transport, a vu le taux de litiges baisser de 40 % en deux ans, tout en renforçant la fidélisation.
Les gains sont majeurs : réduction des délais, meilleure prédictibilité, réactivité accrue… Ces transformations impliquent une orchestration rigoureuse entre systèmes d'information, processus et culture d'entreprise.
PERFORMANCE RSE : INSCRIRE LA SUPPLY DANS UNE LOGIQUE DURABLE
La performance durable n’est plus optionnelle. L’intégration des enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) s’impose désormais comme un pilier stratégique de la supply chain.
Côté environnemental, cela implique :
- la réduction de l’empreinte carbone (modes de transport, packaging) ;
- l’analyse du cycle de vie du produit ;
- le recours à des énergies plus propres ou locales ;
- l’implantation d’indicateurs environnementaux (CO2, eau, recyclabilité...).
Côté social, il s’agit de garantir des conditions de travail responsables, y compris chez les fournisseurs de rang 2 ou 3. Cela nécessite un pilotage d’achats responsables et une traçabilité accrue de la chaîne de valeur.
Le distributeur Ikea a, par exemple, revu ses schémas logistiques pour favoriser le transport ferroviaire en Europe, réduisant de 20 % ses émissions de CO2 sur ses flux principaux tout en maintenant ses délais auprès des clients.
Cette performance RSE est aujourd’hui un facteur de résilience, de valorisation de marque et d’alignement stratégique à long terme. Elle permet aussi de répondre à une pression réglementaire croissante, tout en contribuant à une performance globale pérenne.
CE QUI NE SE MESURE PAS NE S'AMÉLIORE PAS
La performance de la supply chain est aujourd’hui multidimensionnelle : opérationnelle, économique, servicielle et durable. Pour progresser sur chacun de ces axes, encore faut-il les objectiver. Car ce qui ne se mesure pas ne s'améliore pas.
La première étape d’une trajectoire de performance consiste donc à mettre en place des systèmes de mesure robustes, partagés, actionnables. Ce pilotage, éclairé par les bons indicateurs, permet ensuite de structurer les priorités, d'engager les équipes et de déployer les transformations de manière cohérente.
Dans un monde en mouvement permanent, seule une approche rigoureuse, « data-driven » et orientée « valeur » permet d’aligner les ambitions stratégiques sur la réalité opérationnelle. C’est dans cette capacité à conjuguer rigueur, agilité et vision que réside la véritable performance durable des supply chains.
Suliac Lefeuvre (Me. 218) et Guillaume Asconchilo (Me. 210)
(1) Material requirements planning (management des ressources de production).
(2) Warehouse management system (système de gestion d’entrepôt).
(3) Internet des objets.

Suliac Lefeuvre (Me. 218), consultant senior en transformation des organisations au sein du cabinet EPSA.

Guillaume Asconchilo (Me. 210), responsable en transformation sur des sujets de logistique au sein de Bartle et ancien responsable logistique en entrepôt chez Lidl.