Quoi de neuf, brickeur ?

Il y a six mois
(1), nous vous faisions découvrir FabBRICK, start-up française convertissant les déchets textiles en revêtements muraux et en mobilier design. À l’occasion de ce dossier consacré à l’économie circulaire, nous sommes retournés dans ses locaux parisiens pour voir si ses promesses d’avancées sur la voie de l’industrialisation avaient été tenues…
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Par Christophe DUPREZ
Publié le 2025-12-08
« Nous avons enregistré de très beaux résultats ! », nous déclare d’emblée, dans un grand sourire, Chantal Nguyen, que nous avions quittée ingénieure R&D et que nous retrouvons directrice générale.
AU RÉGIME SEC !

La jeune pousse a en effet achevé, début octobre 2025, la première étape de son processus de préindustrialisation qui concerne le séchage. « Nous avons acheté
deux grands séchoirs industriels – en remplacement des quatre petits déshydrateurs alimentaires à l’œuvre jusqu’à présent – capables de sécher les briques le jour même de leur confection », souligne la dirigeante. Cet investissement permet de gagner une semaine : jusqu’alors, cette action était réalisée à J+7, les briques commençant à sécher sur des étagères à l’air libre.
La réflexion en vue de ces acquisitions s’est faite en plusieurs étapes. « Nous avons remarqué que les briques, si elles étaient séchées trop fortement et trop vite, rétrécissaient de 2 à 3 %. » L’équipe a donc hésité entre retravailler la taille des moules, pour qu’elles atteignent la dimension finale souhaitée, et accepter cette rétractation pour en faire sa dimension standard. La seconde alternative l’a emporté. « Nous nous sommes dit que, quoi que nous ferions, nous n'obtiendrions jamais une moyenne parfaitement centrée de 20 x 10 cm », explique Chantal Nguyen. Une deuxième phase de réflexion a porté sur le cycle de séchage ainsi que sur la température et la capacité souhaitées, obligeant à estimer au plus près la montée en cadence de production des prochains mois.
FabBRICK a ensuite démarché plusieurs producteurs avant de porter son choix… sur un Français ! « Cela a constitué un plus indéniable, notamment lors de la livraison et de la mise en route, pour laquelle nous avons bénéficié d’un réel accompagnement. » L’apport est plus que conséquent. Auparavant, les quatre petits déshydrateurs pouvaient sécher en une journée au maximum 288 briques quand un seul des deux grands séchoirs est capable d’en prendre en charge 480. Dans les faits, la capacité quotidienne de production va ainsi passer de 240 briques actuellement à 660 au premier trimestre 2026.
FABBRICK RENFORCE SON TISSU… INDUSTRIEL

Les deux « brickeurs », qui réalisaient la colle à l’aide d’un pétrin de boulanger puis la mélangeaient manuellement avec les tissus avant de disposer le résultat dans le moule pour le passer dans la presse et au séchage, voient aussi leurs fonctions évoluer.
La start-up a en effet investi dans un
malaxeur de boulanger à bras plongeant muni d’une cuve de 60 litres, servant habituellement à confectionner les pâtes à pizza, afin de mélanger le textile et la colle. En cours de test, il devrait entrer en production rapidement. Cette action, jusqu’à présent manuelle, était en effet pénible physiquement.
FabBRICK vient également de valider l’achat d’un petit robot, dont l’arrivée est prévue pour décembre, qui, une fois programmé, sera capable de formuler la colle automatiquement en dosant les ingrédients, les brickeurs n’ayant plus qu’un rôle de superviseurs. « Avec Arthur [Duval qui, depuis notre dernière visite, a vu son stage se convertir en CDD], nous passons du temps à les former dans leurs nouveaux gestes pour implanter ce nouveau process de fabrication. »
En tout, ces investissements en 2025 se montent à 120 000 €, sur un budget global estimé à 400 000 €. Les prochains porteront sur la fonctionnalisation de la presse et du broyeur, ainsi que sur des travaux de réagencement de l’atelier pour le rendre plus ergonomique, améliorer la circulation des flux et intégrer un dépoussiéreur d’air ambiant.
UNE PROGRESSION EXPONENTIELLE DES COMMANDES
Ces développements s’expliquent par le fait que les commandes ont considérablement augmenté ces derniers mois, tant en nombre de clients qu’en surface : alors qu’en 2024 le panier moyen de revêtements muraux était en moyenne de 10 m2, il est désormais de 30 m2, avec un planning de production rempli deux mois à l’avance. Un engouement que Chantal Nguyen explique par le bouche-à-oreille, au niveau des architectes comme des clients, par le succès de la communication sur les réseaux sociaux et, bien sûr, par la sensibilisation des Français à l’écoresponsabilité.
Pour y faire face, l’équipe, dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 30 ans, continue de s’étoffer. Deux nouveaux « brickeurs » seront recrutés à la fin de cette année pour permettre la montée en cadence en passant en 2 x 8. Une assistante de direction a également été embauchée pour gérer tout le volet administratif de l’entreprise.

Ces derniers mois, FabBRICK s’est aussi fait connaître en tant que designer en développant sa
première collection de mobilier, baptisée « Nouvelle Pierre », qu’elle a promu en louant une galerie lors de la dernière édition de Paris Design Week.
De belles avancées pour une jeune pousse qui pourrait très bientôt littéralement faire partie des meubles !
Christophe Duprez
Photos : ©C. DUPREZ/AMM
(1) Voir AMMag no 456, daté de mai-juin 2025, p. 50-53.