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Un Forum 2025 sous le signe de la réindustrialisation… écologique et réaliste !

Un Forum 2025 sous le signe de la réindustrialisation… écologique et réaliste !
Près de 4 000 étudiants et 140 entreprises s’étaient donné rendez-vous le 4 novembre au Parc Floral de Paris pour la 46ème édition du Forum Arts & Métiers. L’occasion pour les futurs ingénieurs de rencontrer, d’échanger avec les professionnels et de décrocher leurs futurs stages et emplois, mais aussi de réfléchir à un grand enjeu actuel : une réindustrialisation écologique de la France face à la concurrence sino-américaine. Un thème sur lequel sont intervenus les deux ministres en charge de ces sujets, présents pour l’occasion.
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Par Christophe DUPREZ
Publié le 2025-11-12

Si le Forum est ouvert à l’ensemble des étudiants des grandes écoles, la moitié des 4 000 ingénieurs en formation présents dans ses allées bondées provenait des huit campus Arts & Métiers. « Les troisièmes années y recherchent le stage de leurs rêves, voire un futur CDI, ou commencent à y bâtir leurs projets de partenariat ou d’expatriation. Quant aux deuxièmes années, majoritairement présents, ils s’y entraînent aux entretiens professionnels et commencent à construire leur réseau », souligne Baptiste Touchon-Perry (Cl.223), responsable communication de cette édition qui œuvre au sein d’une équipe aussi dynamique que dévouée (voir encadré).
Photos : @C. DUPREZ/AMM
La découverte d’une industrie plurielle et de ses enjeux de demain
Les opportunités ne manquaient pas : 140 entreprises, parmi les plus réputées, des grands groupes à la start-up, étaient présentes à travers des stands des plus variés répartis en 14 domaines d’activité : énergies, construction, ingénierie, transports, conseil, environnement, nucléaire, aéronautique, défense, informatique, médical, luxe, agroalimentaire et assurances (voir encadré). Sans oublier les grandes écoles et divers organismes gadzariques, dont la Soce.
En complément, les étudiants ont également pu assister à un programme de conférences qui leur a permis de découvrir des parcours inspirants, des initiatives concrètes, mais surtout de mieux comprendre les enjeux actuels de l’industrie. Il bénéficiait en effet cette année de la participation de personnalités de premier plan, parmi lesquelles Louis Gallois, Jérôme Stubler, président d’Equans, Sébastien Massart, directeur stratégie de Dassault Systèmes, Corine de Bilbao, présidente de Microsoft France, ou encore Christophe Liénard (Ch.183), directeur central de l’innovation de Bouygues. Tous sont intervenus à l’occasion de trois tables rondes autour de la thématique à l’honneur : comment réindustrialiser le pays en tenant compte de l’écologie face à la concurrence sino-américaine. « Nombre de ces intervenants sont en duel constant avec les Chinois et les Américains qui produisent beaucoup moins cher et les obligent à revoir leurs modèles industriels, explique Baptiste Touchon-Perry (Cl.223). Cela impacte non seulement le fonctionnement des usines mais aussi la formation des ingénieurs ». Sans oublier la politique et l’économie : « Au lieu d’investir dans ces nations, les pays de l’Union doivent favoriser le marché européen ».
Des interventions ministérielles offensives
Un discours relayé par les deux ministres venus à la rencontre des étudiants.
Ainsi, a martelé Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie - avant de se voir remettre une bâche par Léo de Gabai (Cl.223), président du Forum -, « l’industrie est et doit être au centre de tout : elle constitue un élément essentiel non seulement de notre développement économique, mais aussi de notre souveraineté et de notre cohésion nationale ». Fustigeant l’erreur qui a consisté, pendant plusieurs décennies, à s’imaginer que la France pouvait se passer d’usines, il a dénoncé les résultats visibles aujourd’hui : « des territoires qui se vident, des savoir-faire perdus et un sentiment de distance entre ceux qui décident et ceux qui fabriquent ». Aussi souhaite-t-il que l’industrie « reprenne sa marche en avant et produise de nouveau en France, même si la tâche sera longue, dure et exigeante ». Pour que les prix de l’énergie restent accessibles et que les industriels puissent produire à coûts compétitifs, il a appelé à ce que « l’Europe sorte de sa naïveté. Il existe actuellement une attaque organisée contre une forme de civilisation européenne qui croit encore dans le libre-échange et les idées humanistes par des gens qui ont décidé, secteur par secteur, étape par étape, de nous affaiblir et d’attaquer notre monde. Si nous restons sur les vieux schémas en ne les attaquant pas avec courage, nous perdrons ce combat ». Il demande donc à l’Europe d’assumer une politique « qui nous protégera le temps de rétablir des règles plus loyales » en assumant la notion de « préférence européenne », à l’image de ce que pratiquent Américains et asiatiques.

Quelques minutes plus tard, son collègue Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la transition écologique, a enfoncé le clou : « Avec Sébastien Martin, nous partageons la conviction qu’opposer l’industrie à la responsabilité, et l’écologie à l’économie est absurde. En France aujourd’hui, une usine sur deux qui ouvre est une usine verte où les emplois croissent deux fois plus vite ». Ecologie et économie sont liées : « Si l’on pense que la croissance de demain sera carbonée comme dans le passé, on se trompe lourdement. Nos principaux concurrents, les USA et la Chine, ne nous ont pas attendus pour investir massivement dans l’industrie verte. Ne pas aider l’industrie française à faire sa mue et à aller vers plus de durabilité reviendrait à se priver de leviers et de marchés extrêmement importants et ne ferait qu’accroître le différentiel de compétitivité avec ces grandes puissances ». Il a appelé au réalisme et un certain optimisme : « Les discours politiques dans le contexte international actuel ne sont certes pas favorables à la responsabilité et à la durabilité, mais ils ne changent rien à la course contre-la-montre climatique qui est enclenchée. On peut la nier, mais le réel nous rattrape toujours. C’est vous, jeunes ingénieurs, qui façonnerez la planète de demain dans le respect de l’environnement et des ressources disponibles pour une croissance respectueuse de la planète ! »

Christophe Duprez
Une organisation, partie intégrante de la formation
L’organisation d’un évènement tel que le Forum exige des mois de préparation et l’investissement remarquable de toute une équipe. Tout
commence au mois de mars avec le renouvellement du bureau de l’union des élèves à l’occasion du congrès. C’est en effet aussi à cette occasion qu’est désigné le président du Forum. Il se lance alors dans le recrutement de son bureau, constitué d’une vingtaine de bénévoles – vice-président, trésorier, responsables relations entreprises, communication… - en démarchant l’ensemble des élèves de deuxième et troisième années. Il fait également appel à l’aide de chacun : c’est ainsi qu’un jeune Gadzarts s’est retrouvé à animer l’une des tables rondes. La performance est d’autant plus méritante que le temps imparti pour organiser un évènement aussi vaste est court. « Nous travaillons quasiment nuit et jour pendant six mois, vacances comprises, pour monter ce moment prestigieux de qualité », déclare Baptiste Touchon-Perry (Cl.223). S’ils font logiquement appel à des prestataires pour la location de salles, les décors ou la restauration, l’organisation, commercialisation comprise, incombe entièrement à cette équipe. Ce qui la distingue des autres grandes écoles : « Nous sommes réellement une petite entreprise, avec un écosystème et une ligne directrice : faire rayonner l’école et démontrer que nous sommes des ingénieurs aux compétences diverses et variées ». La polyvalence des profils impliqués dans le projet le prouve : organisateurs mais aussi graphistes, vidéastes, photographes, animateurs… A l’arrivée, « la capacité à gérer un tel évènement constitue une véritable plus-value sur nos CV et pour notre vie professionnelle à venir, prisée des recruteurs », conclut le jeune homme qui a notamment géré la construction d’un décor avec 10 000 euros de budget et 150 personnes à diriger… tout en continuant évidemment à suivre ses cours !
Paroles d’étudiants
Nous sommes allés dans les allées du Forum à la rencontre de plusieurs étudiants pour en savoir un peu plus sur leurs attentes, leurs rêves et leurs motivations…
Tous deux en troisième année, Paul Watrin (Ch.223) et Luc Dong (Ch.223) sont venus en particulier pour trouver un stage de fin d’études, « à l’étranger si possible » pour le premier qui estime la démarche plus facile lorsqu’on a l’entreprise face à soi, « de préférence en Ile-de-France » pour le second qui vise le luxe et la cosmétique. Paul aimerait ensuite décrocher un emploi dans la R&D dans l’énergie ou l’aéronautique. Quant à Luc, prudent, il attend de voir comment se déroulera le stage pour envisager l’avenir.
Plus loin, Ghislain David (An.222) et Mattéo Leroy (Cl.223) sont en pleine discussion. Ils viennent avant tout pour découvrir des entreprises et échanger avec leurs représentants, recruteurs ou archis, dans l’optique également de nouer des contacts pour d’éventuels futurs stages ou emplois, en France ou à l’étranger. Si tous deux s’intéressent à l’aéronautique et la défense, ils en profitent aussi pour découvrir d’autres secteurs.

Nous nous approchons, sur le stand LVMH, de Florence Prunet, qui travaille aux ressources humaines opérations et finances chez Guerlain, en pleine conversation avec Salma Soulane, fraîchement diplômée de l’Ensam de Casablanca en spécialité génie industriel. « Etant particulièrement attirée par le domaine du luxe et des cosmétiques, je recherche des postes qui me permettront d’évoluer tant au niveau technique que managérial, explique la jeune femme. Florence a pu m’aiguiller. J’ai également pu discuter avec l’un de ses collègues, directeur d’usine, sur les aspects techniques qui s’accordent parfaitement avec ce que je recherche ». Pour Florence Prunet, le Forum est particulièrement important car il lui permet d’échanger directement avec les étudiants et partager avec eux la technicité des métiers qui existent « derrière des produits qui font certes rêver mais qui reposent sur des techniques et des usines ». Pour elle, les Gadzarts peuvent prétendre à une vraie pluralité de métiers, en fonction de leur appétence : « Il y a des postes en usine, sur la production, la fabrication, l’amélioration continue des process, mais aussi d’autres opérationnels rattachés au siège : supply chain, achats… »
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