Vincent Honorat, l’ingénieur pédagogue
Depuis sa PT* du lycée Vauvenargues à Aix-en-Provence, Vincent Honorat (Ai.197) prépare des bataillons de jeunes au concours d’écoles d’ingénieurs. Pédagogue exigeant mais bienveillant, il fait partie de ces professeurs dont on se souvient toute une vie. Accessoirement, il détient un record de France dans les classements ! Sa PT* réussit à envoyer 40 élèves au campus d’Arts et Métiers d’Aix-en-Provence.
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Par Eric Roubert, depuis Aix-en-Provence
Publié le 2025-10-29
Caché derrière de petites lunettes cerclées, Vincent Honorat, les yeux rieurs et malicieux, écoute et sonde toujours son interlocuteur avant de répondre. À 48 ans, cet homme discret - dont un léger accent du Sud trahit ses origines - fuit les projecteurs, préférant les lumières plus feutrées des laboratoires, des salles de classe et des « interminables mais nécessaires » réunions pédagogiques. Docteur ès mécanique, agrégé et normalien, Chevalier de l’ordre des Palmes Académiques avant ses quarante ans (excusez du peu !), il incarne une figure rare : celle d’un scientifique passionné autant par la transmission du savoir que par la matière qu’il enseigne, faisant de lui un militant technologue.
Des Arts au doctorat
Major de promotion dès ses années de classes préparatoires à Aix-en-Provence, puis aux Arts et Métiers et à l’ENS Cachan , il soutient en 2006 une thèse de doctorat remarquée au LMGC de Montpellier sur l’analyse thermomécanique des élastomères. « Une recherche pionnière sur les couplages entre température et déformation, menée avec la rigueur d’un expérimentateur et la curiosité d’un explorateur scientifique », confient en catimini ses maîtres d’alors.
Et, c’est dans l’enseignement que Vincent Honorat trouve sa véritable vocation. D’abord professeur au lycée François Ier de Fontainebleau, il rejoint en 2016 le lycée Vauvenargues à Aix-en-Provence, où il enseigne la technologie, la mécanique, la mécatronique et l’intelligence artificielle. En dirigeant la filière de classes préparatoires PT*, il transforme le laboratoire de la prépa en un espace de recherche et d’expérimentation d’avant-garde, soutenu par plus de 200 000 euros d’investissements sur trois ans.
« Je cherche le meilleur pour les minots. Ils doivent pouvoir expérimenter, toucher la matière, se confronter aux défis techniques, réfléchir à la façon de mener un projet complexe », confie le professeur. Et de poursuivre, « Oui, j’aime la technologie — mais surtout, j’aime expliquer aux jeunes que ce n’est pas un don inné. C’est quelque chose qui s’apprend et se travaille. Comme les mathématiques ou la physique, la technologie repose sur un socle scientifique solide. C’est ce que j’essaie de leur faire comprendre : donner du sens avant de passer à la technique, parce que la technologie, c’est de la physique appliquée ».
« Le mur d’à côté »
Cette année encore, beaucoup d’élèves ont intégré les Arts et Métiers, comme les années précédentes. « C’est le fruit du travail collectif des équipes de première et de deuxième année, explique Vincent Honorat, fier de son lycée situé en plein centre-ville. Nous avons obtenu d’excellents résultats : l’an dernier, nous étions premiers au niveau national pour le nombre d’intégrations aux Arts et Métiers, avec plus de 40 élèves admis. Cette année encore, près d’un quart de la promotion intègre l’école ».
Et quand les profs des Arts d’Aix « ceux du mur d’à côté », interrogent les futurs Gadzarts sur le choix des Arts… La réponse est sans appel : parce que Monsieur Honorat m’a parlé de l’Ecole et qu’il y a des machines que l’on peut manipuler… ».
Urgence nationale
Pour Vincent Honorat, la technologie est un sujet d’urgence nationale qu’il défend tels les hussards noirs de la troisième République. On ne badine pas avec l’excellence et l’enseignement d’une matière trop peu choyées des Français : « la techno » qu’il défend becs et ongles et cherche à diffuser. « C’est mon côté associatif », sourit-il. Membre actif de plusieurs associations et institutions – de l’Union des Professeurs de Sciences et Techniques de l’Ingénieur (UPSTI) à l’IESF – il participe à la rédaction du Livre blanc de l’ingénierie et prépare la présidence du comité mécanique de l’IESF pour 2025. Fidèle à l’esprit des Arts et Métiers, dont il est délégué de promotion, il milite pour la sauvegarde et la valorisation des sciences industrielles, de l’école au supérieur.
Ses engagements dépassent les frontières de l’enseignement : organisation des Olympiades de Sciences de l’Ingénieur, actions avec l’association Elles bougent pour promouvoir les carrières scientifiques féminines, participation à la relecture scientifique du livre de Jamy Gourmaud… Autant d’initiatives qui témoignent d’un homme engagé profondément ancré dans la culture de l’ingénieur.
Derrière le professeur exigeant, on découvre un homme d’équilibre. Amateur de Pilates, de Qi Gong, de karaté et de danse (rock et salsa), Vincent Honorat cultive la rigueur du geste autant que la légèreté du mouvement, à l’image de sa trajectoire, précise, patiente et bienveillante — celle d’un passeur de science qui préfère la profondeur à la lumière. Son militantisme à lui, c’est l’enseignement de la techno !